samedi 17 février 2018

F. RUFFIN A l'UNIVERSITE JEAN JAURES

 
 
 
Le grand amphi de l'université Jean-Jaurès a fait salle comble pour la venue du député de la Somme de la France insoumise, François Ruffin, également auteur du documentaire «Merci patron !». Etudiants et personnels grévistes étaient…
ladepeche.fr

LES VTC EN COLERE DANS LA RUE

Les VTC en grève manifestent à Paris et dans plusieurs villes

Les VTC en grève manifestent à Paris et dans plusieurs villes
Les chauffeurs réclament la mise en place d'une tarification minimale comprenant un plancher de 12 euros net la course.
À l'appel de syndicats et collectifs, des chauffeurs VTC manifestent ce samedi dans quelques grandes villes de France, dont Paris. La vingtaine de chauffeurs présents non loin de l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle a levé le camp à la mi-journée pour se rendre à Bercy. Ils devaient aller en milieu d'après-midi au ministère des Transports, boulevard Saint-Germain à Paris (VIIe arrondissement), a indiqué Fabian Tosolini de la CFDT-VTC. Une délégation sera reçue à 16 heures par le cabinet d'Élisabeth Borne, a annoncé un porte-parole du ministère.
Une manifestation était également en cours ce samedi matin à l'aéroport de Nice. Entre 150 et 200 chauffeurs avaient installé dès 6 heures des barrages filtrants aux entrées. «On laisse passer les taxis et les particuliers mais on empêche les VTC d'aller charger ou décharger», a indiqué Mimoun Zarioh, un représentant de la section CFDT-VTC des Alpes-Maritimes. Le dispositif devait être maintenu jusqu'à 15 heures. En revanche, à Bordeaux, le mouvement n'a pas été suivi. Le rassemblement initialement prévu dans la matinée devant la gare n'a pas eu lieu. Enfin, à Marseille, un rassemblement était également prévu en milieu de matinée aux abords de la gare Saint-Charles.
» LIRE AUSSI - Comment Uber et les autres applications de transport ont conquis les banlieues

Une «tarification minimum» net

Que réclament-ils? Réunis au sein de «l'Union des VTC», nouvelle structure qui n'a pour l'instant été rejointe ni par FO Capa VTC, ni par le syndicat des chauffeurs privés SCP VTC, ces chauffeurs veulent pousser l'État à instaurer une «tarification minimum» net pour le chauffeur comprenant un plancher de 12 euros la course, 2 euros la prise en charge, 1,50 euro le kilomètre et 0,50 euro la minute. Des tarifs très éloignés de ceux pratiqués par Uber, en moyenne à cinq euros la course.
Actuellement, les collectifs de VTC estiment que les chauffeurs travaillent en moyenne soixante heures par semaine pour percevoir le Smic à la fin du mois. Des chiffres en adéquation avec le rapport de février 2017 du médiateur du gouvernement, Jacques Rapoport. Selon les estimations de la CFDT, un chauffeur VTC gagnerait en moyenne 7,56 euros brut par heure. «Les chauffeurs ne s'en sortent pas» avec des courses parfois payées seulement «4,50 euros», «même un livreur de pizzas gagne mieux», témoigne Karim Aissaoui, chauffeur VTC multiplateforme depuis 5 ans. Tous dénoncent «la précarité» du métier et des charges trop élevées qui amputent de «35%» leur revenu, selon eux.

Les négociations à l'arrêt

Le 8 décembre dernier, Élisabeth Borne, la ministre chargée des Transports, avait annoncé le lancement imminent d'une «mission de réflexion sur la régulation du secteur». Portant notamment sur «la mise en place d'une tarification minimale» et «la réglementation du temps de conduite». De quoi calmer pour un temps la grogne des syndicats. Problème: trois mois après, tout est au point mort. «Aujourd'hui, rien n'est lancé. Nous avons besoin de garanties sur la date de début des travaux», affirme Fabian Tosolini, représentant de la CFDT VTC-Loti. «Nous avons été reçus en décembre dernier, on nous a indiqué que les discussions commenceraient début janvier», précise-t-il.
C'est l'annonce par le gouvernement d'une augmentation de la fiscalité sur le gasoil - plus 7,6 centimes à la pompe - qui a mis le feu aux poudres. «Les chauffeurs en ont marre! Ce sont eux qui sont venus nous voir pour qu'on organise cette manifestation», commente Fabian Tosolini. L'Union des VTC espère pouvoir formuler ses propositions auprès de la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et fixer une date de début des négociations. «Le travail avance pour une meilleure régulation du secteur», a indiqué cette dernière dans un tweet. «J'installerai début mars le comité national du T3P (secteur du transport public particuler de personne, NDLR) pour rendre compte des travaux accomplis.» De son côté, l'entreprise américaine Uber s'est dit «engagée à participer aux travaux initiés par le ministère».

Changement de statut obligatoire

Pour rappel, en novembre dernier la ministre des Transports avait finalement supprimé un allongement du délai d'application de la loi Grandguillaume au 31 mars 2018, déclenchant une fronde des syndicats FO Capa VTC et SCP VTC. Cette loi met fin au détournement du statut Loti, initialement conçu pour du transport collectif. Ainsi, depuis le 1er janvier 2018 les chauffeurs peuvent exercer uniquement en tant que taxi ou VTC. Pour favoriser cette transition, les chauffeurs dont le dossier a été déposé mais pas encore été traité au 29 décembre 2017 peuvent continuer à exercer jusqu'à l'obtention du statut. «Nous aidons tous les chauffeurs à obtenir le statut de VTC, en les aidant à se préparer à l'examen avec des formations et en les accompagnant dans leurs démarches administratives», précise Uber France. «Les plateformes ont le beau rôle, tempère Fabian Tosolini. Si on est dans cette situation aujourd'hui, c'est avant tout parce qu'elles n'ont jamais voulu traiter avec nous .»

JL MELENCHON A NAPLES

 
 
Pour vous abonner à la chaîne de Jean-Luc Mélenchon, cliquez ici : Le jeudi 15 février 2018, Jean-Luc Mélenchon était à Naples pour une rencontre avec Potere…
melenchon.fr|De Jean-Luc Mélenchon

UNE CARICATURE PAS APPRECIEE !



La France, pays des droits de l’homme, est aussi celui où un président démocratiquement élu peut faire pression sur un hebdomadaire «indépendant» pour le punir d’une caricature. Après avoir apporté…
imagesociale.fr

QU'ATTENDONS-NOUS POUR REAGIR ?

Saint-Malo : les urgences renvoient chez elle une femme de 88 ans, en chemise ouverte et pieds nus

Le fils de l'octogénaire affirme qu'elle n'a pas eu à manger ni à boire durant toute la journée qu'elle a passée à l'hôpital. L'établissement a reconnu les faits, expliquant que le service était surchargé de travail ce jour-là.
Le centre hospitalier de Saint-Malo (Ille-et-Villaine), le 3 août 2012.
Le centre hospitalier de Saint-Malo (Ille-et-Villaine), le 3 août 2012. (MAXPPP)
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"En arrivant, elle s'est jetée sur une bouteille d'eau." Dans le journal Ouest-France, jeudi 15 février, un Breton accuse l'hôpital de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) d'avoir laissé sa mère, âgée de 88 ans, rentrer chez elle simplement vêtue d'une chemise ouverte de patiente, pieds nus, et sans avoir mangé ni bu de la journée. La direction de l'hôpital a fait son mea culpa.
Admise aux urgences le 3 février à 10h30, Paulette, 88 ans, n'est rentrée chez elle, à Roz-sur-Couesnon, qu'à 22h30.

"Les soignants étaient débordés", plaide l'hôpital

"Je trouve inadmissible de laisser une personne dans un couloir, sur un brancard, sans boire ni manger une journée entière, et de la renvoyer chez elle presque nue", s'insurge son fils dans les colonnes du journal Ouest-France. Tout en reconnaissant que "les internes et le personnel soignant ont beaucoup de travail".
Contacté par le quotidien, le directeur de l'hôpital de Saint-Malo ne dément pas le récit, et reconnaît qu'un tel traitement des patients n'est "pas censé arriver". "Ce jour-là, les urgences ont connu une forte affluence. Les soignants étaient débordés", explique-t-il, assurant qu'une mise au point serait faite avec les équipes soignantes.
Ce n'est pas la première polémique à naître cette semaine au sujet du traitement des patients dans les hôpitaux : dimanche, la mère d'un petit garçon de 2 ans soigné à l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) avait déploré le fait qu'elle ait dû dormir à même le sol pour rester avec son fils.

GERARD MILLER SE DEFEND

 

A bon entendeur, salut !

Je viens de lire l’article de Victor Dedaj, "Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’occident", où vous me prenez à partie à plusieurs reprises à partir d’une citation de ma pomme sortie de son contexte : "Comment ne pas critiquer Cuba lorsqu’il y a des persécutions contre les homosexuels ?" — cf. l’émission "On n’est pas couché" à laquelle j’ai participé récemment. Dans le genre manipulation, c’est un modèle, cet article !
C’est bien sûr un fait que Cuba est loin d’avoir toujours été irréprochable dans la façon d’aborder l’homosexualité (cf. tel discours homophobe de Castro qu’il a lui-même regretté par la suite) et il y a eu, pendant un long temps, une façon absolument condamnable de traiter à Cuba les homosexuels parce qu’homosexuels. Et c’est un fait aussi que — comment dire ? — d’immenses « progrès » ont été accomplis sur ce plan (comme sur d’autres) à Cuba.
Mais ce n’était pas du tout l’objet de mon propos à ONPC — l’auteur de l’article a-t-il seulement regardé le passage en question.
Tout en acceptant d’avance qu’on puisse critiquer, à tel ou tel moment de l’histoire de Cuba, tel ou tel aspect de sa politique, mon propos était... de défendre Cuba contre les attaques incessantes de ses détracteurs ! C’est ce que j’ai dit ensuite explicitement, quand j’ai évoqué par exemple la santé ou l’éducation, et il faut être obtus ou de très mauvaise foi pour me ranger moi aussi dans le sac desdits détracteurs...
Mais bon, ainsi va la télévision et les commentaires confus ou malveillants qu’elle génère.
Coup de pied de l’âne, l’auteur de l’article évoque in fine l’émission que je viens de faire pour le Média (dont je suis l’un des co-fondateurs) avec Maurice Lemoine sur le Venezuela, émission où on peut entendre un tout autre son de cloche que celui des medias mainstream : « Gérard Miller se rattrape un peu, mais voyons voir le jour où il abordera Cuba... » Mais qu’est-ce que c’est que ce ton de petit juge me demandant de montrer patte blanche pour être pardonné !
J’ai souvent « abordé » Cuba, merci, et chaque fois que je parle de Cuba, avec mes copains de Cuba Si comme avec les adversaires de la révolution cubaine (cf. la dernière émission à laquelle j’ai participé chez Ardisson à propos de l’exposition parisienne sur le Che), je dis la même chose : ma sympathie pour Cuba.
Alors, que ce soit clair : j’emmerde — et pas qu’un peu ! — ceux qui, tronquant mes propos, viennent aujourd’hui me catéchiser.
Le Grand Soir   le 15 février 2018

PARLEMENTAIRES MALHONNÊTES, AUTEURS D'UN AMENDEMENT BAFOUANT LA DEMOCRATIE.

Ordonnances: un amendement surprise permet d’imposer le forfait jour aux salariés

Par
 
Sénateurs et députés ont autorisé, par le biais d’un amendement de dernière minute, qu’un employeur puisse imposer à un salarié de passer en forfait jour, ce qui permet de passer outre la réglementation sur le temps de travail. S’y opposer vaudra licenciement. Les syndicats dénoncent la manœuvre.

« Il faut bien le reconnaître, ils sont sacrément bons… » Philippe Masson, membre du collectif juridique de l’UGICT (la fédération dédiée aux cadres à la CGT) admire, avec amertume, la manœuvre parlementaire. En catimini, sénateurs et députés ont ajouté un amendement explosif à la sixième ordonnance réformant le code du travail présentée pourtant par le gouvernement comme purement technique. Il est désormais possible pour un employeur de passer ses cadres au “forfait jour”, sans leur consentement explicite. « Sur le fond, c’est très grave, sur la forme, très choquant, assure Philippe Masson. C’est une véritable trahison du discours, ajoute François Hommeril, président de la CFE-CGC, le syndicat de l’encadrement. On ne peut accepter qu’un amendement, sur un sujet aussi contesté que le forfait jour, permette à un accord collectif de s’imposer au contrat de travail. »
Le décryptage est de rigueur, pour une mesure qui concerne potentiellement des centaines de milliers de salariés du privé. Le forfait jour, régime dans lequel le temps de travail est compté en jours par an plutôt qu’en heures par semaine, permet de faire sauter la borne des 35, 37 ou 39 heures hebdomadaires. Le salarié cadre, ou tout employé bénéficiant d’une « large autonomie », peut ainsi travailler, sans référence horaire, jusqu’à onze heures quotidiennement, en échange de contreparties sur le salaire ou les congés, plus ou moins bien négociées dans le cadre d’un accord collectif. Ce régime, totalement dérogatoire, était jusqu’ici basé sur le volontariat. Le salarié pouvait donc individuellement s’y opposer.
 
 Le forfait jour possède, pour l’employeur, l’immense avantage de supprimer la contrainte du paiement des heures supplémentaires et de rendre l’organisation du travail plus flexible. Pour le salarié, c’est une autre affaire. Si certains y voient effectivement une forme de souplesse dans l’organisation de leur vie professionnelle, pour beaucoup, le passage en forfait jour a surtout signifié un accroissement significatif du temps de travail, doublé d’un effacement des frontières entre la vie professionnelle et la vie privée, accentué par la généralisation des outils numériques nomades. Les études de la Dares sur le sujet donnent le ton : les cadres au forfait jour travaillent en moyenne près de 46 heures, avec des pointes au-delà de 50 heures. Les syndicats, qui ferraillent contre le forfait jour depuis des années, ont forcément en mémoire cette étude épidémiologique menée par la revue médicale britannique The Lancet sur 600 000 salariés dans le monde. Les risques cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux croissent de 10 % chez les personnes travaillant entre 41 et 48 heures hebdomadaires et de 27 % au-delà de 49 heures. Par quatre fois, le Comité européen des droits ­sociaux a d’ailleurs condamné la France pour l’utilisation d’un tel régime, unique dans l’UE. La CGT rappelle « qu’on ne démontre plus l’impact de ces horaires à rallonge sur la santé et le lien de causalité immédiat avec l’explosion du nombre de burn-out, notamment chez les femmes ». La Cour de cassation a depuis, en cascade, annulé onze accords de branche sur le forfait jour en raison de sa non-conformité avec le droit européen.
Ces embûches juridiques n’ont jamais empêché les gouvernements successifs de vouloir faciliter son usage. Ainsi en 2016, dans la première version de sa loi travail, l’ancienne ministre du travail Myriam El Khomri proposait qu’un employeur puisse, de manière unilatérale, passer ses employés au forfait jour dans les entreprises de moins de cinquante salariés, sans accord collectif. Tollé général, qui força la ministre à abandonner son projet.
Sa loi généralisa cependant les accords de maintien de l’emploi, qui ont permis de modifier le salaire, le temps de travail, ainsi que les clauses de mobilité d’un salarié, sous réserve de difficultés économiques. Tout ou presque… sauf le passage au forfait jour,  pour lequel un accord spécifique et le consentement du salarié, par le biais d’une convention individuelle ou d’un avenant au contrat de travail, étaient toujours nécessaires.
À peine un an plus tard, rebelote, les ordonnances Macron s’attaquent à nouveau au code du travail. Les contours des accords de maintien de l’emploi s’assouplissent encore un peu, puisque de tels accords pourront désormais être signés simplement pour « répondre aux nécessités liées au fonctionnement de l’entreprise », c’est-à-dire potentiellement dans n’importe quel cas (voir ici l’article de Dan Israel). L’employeur pourra alors proposer un accord visant à modifier la durée du travail ou ses modalités d’organisation, la rémunération, où la mobilité professionnelle ou géographique, soit presque tous les champs couverts normalement par un contrat de travail. Mais la spécificité d’un accord sur le forfait jour est, théoriquement, préservée.
Lorsque les ordonnances arrivent au Sénat, à l’issue de l’adoption par les députés à l’Assemblée nationale fin décembre 2017, les Républicains saisissent leur chance pour tordre le cou à un tel totem. Ils proposent un amendement qui permet, à l’issue d’un accord avec les syndicats sur le forfait jour, de l’imposer au salarié. S’y opposer vaudra licenciement. L’amendement n’est pas retenu.
Mais le temps presse, et les ordonnances passées au tamis des sénateurs contiennent de grosses modifications, susceptibles de relancer la navette parlementaire, de quoi faire tomber l’ensemble des ordonnances, valables trois mois seulement après la loi d’habilitation votée en septembre. Le gouvernement opte donc pour une commission mixte paritaire, qui réunit une poignée de sénateurs et députés, chargés assez librement de se mettre d’accord sur une version définitive du texte.
C’est alors que la disparition du consentement explicite des salariés sur le forfait jour réapparaît, amendé au texte de la sixième ordonnance, dite “ordonnance balai”. Le tout sous l’œil du gouvernement, à travers son rapporteur présent en commission mixte paritaire. Le gouvernement  avait pourtant juré aux organisations syndicales singulièrement échaudées que le texte issu des discussions à l’Assemblée nationale était le sien, et ne bougerait plus.
« En fait, cette sixième ordonnance a fait beaucoup plus que réparer simplement la forme, les coquilles des cinq précédentes rédigées dans la hâte, affirme Philippe Masson. Elle a introduit des contenus nouveaux, qui n’ont jamais été discutés avec nous, en plénière à l’Assemblée nationale ou en commission des affaires sociales. Donc une absence totale de débat, pas le moindre minimum démocratique pour une modification de fond qui peut impacter des milliers de salariés du privé. » Le syndicaliste, rompu aux négociations sociales, n’en revient toujours pas : « Quand on m’a parlé de cet amendement surprise, je peux vous le dire, je n’y croyais pas. »
Pour la CGT, peu d’entreprises oseront utiliser la loi de façon maximale, et imposer purement et simplement le passage au forfait jour à leurs salariés. Ils craignent par contre une large révision des accords déjà existants. « Aujourd’hui, une révision de l’accord peut permettre de passer par exemple de 210 jours à 218 jours de travail, sans augmentation de salaire », explique Philippe Masson. La création des accords de maintien de l’emploi grâce à la loi El Khomri s’est ainsi accompagnée d’une forte accélération des accords modifiant le forfait jour. « Sauf qu’à l’époque il fallait encore l’accord individuel des salariés. On a fait définitivement sauter cette barrière. »
« Dans les entreprises, où les syndicats sont forts, cohérents, et où la direction est plutôt sincère, je ne me fais pas de souci, insiste François Hommeril, mais partout ailleurs, qu’est-ce qui va se passer ? La loi est là pour protéger les plus faibles, et donc les parlementaires faillissent à leur mission. » Le responsable syndical note aussi un désastreux télescopage du calendrier : « Une telle décision, deux semaines après que les députés ont refusé l’inscription du burn-out au tableau des maladies professionnelles ! Les mots me manquent… Ces gens-là ne lisent pas ce qui s’écrit dans les rapports, les études, les jurisprudences… C'est invraisemblable. »
La fin de vie législative des ordonnances Macron, bien au-delà du nettoyage cosmétique, réserve donc son lot de surprises. Ainsi, le 5 février, la CFDT s’est insurgée de la disparition, en commission mixte paritaire, de l’obligation pour les réseaux de franchisés de mettre en place une instance de dialogue social. Une clause que la centrale de Belleville avait obtenue de haute lutte lors du débat de la loi El Khomri et qui disparaît dans le plus grand silence. À force de modifications, les ordonnances ressemblent à des contrats d’assurance : les plus gros pièges  s’y nichent en bas de page, écrits en tout petit.

Médiapart

  • vendredi 16 février 2018

    L'ORTF RESSUSCITE : TAPIS ROUGE POUR BLANQUER.

    Blanquer, France 2 et la télévision d'Etat

    C'était l'ORTF mais avec de la couleur. L'Emission politique, jeudi soir sur France 2, a déroulé un interminable tapis rouge au ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer au terme d'une opération de communication à grande échelle. Et si Emmanuel Macron avait raison de décrire l'audiovisuel public comme «la honte de la République»? 
     
    C'est le charme vintage de la monarchie républicaine française. Pouvoir en 2018, sur une télévision publique transformée en chaîne d'Etat, produire d'invraisemblables émissions tout entières dédiées à la gloire d'un ministre. L'éducation est pour cela un terrain de jeu idéal. Les questions sont complexes, parfois très techniques, l'écart entre le discours public et les réalités de terrain est abyssal, les effets de la moindre mesure se font attendre des années. Tout responsable politique peut ainsi s'en tenir à un discours hors-sol, prétendre une chose et faire son contraire, être assuré ou presque de ne pas être rattrapé par la réalité et ses faits têtus.
    Jean-Michel Blanquer l'a compris, en vieux routier de l'éducation nationale. L'homme annonce réforme sur réforme, engage des mesures sans attendre que les lois soient votées et se démultiplie en interviews tonitruantes. L'émission de ce jeudi soir en a été une parfaite illustration. Un questionnement journalistique indigent, une méconnaissance stupéfiante des dossiers par ses différents interlocuteurs, et un méta-discours ministériel où la science des experts est régulièrement convoquée pour légitimer un charabia où tout est dans tout et inversement. Aimable et savant discours donc, qui enveloppe pourtant un projet politique clairement marqué et profondément inégalitaire (lire ici ce portrait «Jean-Michel Blanquer, «un conservateur 2.0» à l’Education nationale»).
    Mais de ce décryptage politique il ne fut pas question, ou presque. Et nous avions presque de la peine pour ces deux lycéens de terminale, l'un dans le privé et l'autre dans le public comme il se doit, bien proprets et tentant timidement d'émettre critiques et inquiétudes. Tonton Blanquer leur répondit poliment en brandissant des graphiques, cette bien vieille ficelle utilisée par Giscard dans les années 1970. Vintage toujours, ces critiques de Jack Lang, éphémère et immobile ministre de l'éducation il y a un quart de siècle... Il ne manquait qu'Alain Peyrefitte, le ministre Grandes Zoreilles de l'ORTF sous de Gaulle, pour nous confirmer qu'il ne s'agissait là ni de pédagogie ni d'information mais d'un long clip publicitaire.
    Le terrain avait été d'ailleurs soigneusement balisé ces derniers jours par la presse, et tout particulièrement la presse de droite, séduite et fascinée par tant de talent ministériel. Exemples, les Unes du Point et de Valeurs actuelles:

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    Exemples encore, cette Une du Figaro ou cet éditorial du Monde qui s'enthousiasme en ces termes: «L'actuel ministre est bien décidé à réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ou renoncé. La réforme qu'il a présentée, mercredi 14 février, est aussi sérieuse et courageuse que périlleuse.»
     
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    Seul grain de sable dans cette belle machine communicationnelle: Alexis Corbière, député de la France insoumise et ancien prof. Il fit quelques rappels d'évidence à des journalistes tout enclins à nous vendre les nécessités de la réforme, avec le même enthousiasme qu'ils nous avaient vendu toutes ces années la soi-disant «dédiabolisation» de Marine Le Pen.
    Car Jean-Michel Blanquer ne vient pas de nulle part et n'est en rien «un expert de bonne volonté». Pour le comprendre, lisez le blog de l'historien de l'éducation Claude Lelièvre ou son billet «Blanquer: un «formidable» ministre; ça craint!». Homme-clé de la pensée de droite sur l'éducation nationale, il fut l'un des acteurs sous le quinquennat Sarkozy, comme directeur général de l'enseignement scolaire, du plus grand désastre commis dans la machine éducative: la suppression des IUFM et de la formation des maîtres; la suppression de dizaines de milliers de postes; les internats d'excellence (spectaculaire et ruineux fiasco). Un moment attiré par François Fillon avant de se rapprocher d'Alain Juppé pour lui murmurer à l'oreille, il réussit un spectaculaire retournement dans la Macronie.
    De tout cela, il ne fut pas ou guère question et encore moins de ce que peuvent vivre enseignants et directeurs d'établissement. L'abandon de l'Etat dans certains quartiers, voire dans des villes entières, comme par exemple la situation catastrophique des écoles primaires dans la troisième ville du pays, Marseille, ne fut pas plus évoqué. Le ministre préférait parler grandes réformes et long terme plutôt que de céder à cette «religion des moyens»: il est vrai qu'il est moins populaire d'évoquer la suppression des emplois aidés, le transferts des coûts sur les collectivités locales ou la régression des salaires des enseignants…

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    Et qui dit propos généraux et bonnes intentions… dit sondage bien sûr! Et voilà qu'en fin d'émission, 71% des téléspectateurs trouvaient convaincant le ministre Blanquer. «J'en suis presque ému…», a commenté le ministre.
    Nous en étions presque consternés. 
     
    Club Médiapart

    MAIS OU SONT LES CARS MACRON ?

    Les petites villes s'inquiètent pour leurs lignes.